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Un opéra en dentelles.

Continuant de descendre la rue Porte de Monsieur, juste en dessous de la croix de mission, s'élève une vaste demeure de style classique. Ce fut d'une part une... « pharmacie de première classe » comme le dit encore l'inscription peinte au-dessus des vitrines, et d'autre part l'atelier qu'ouvrit en 1929 le maître dentellier Gabriel Breul (1906-1980). Il créait lui-même ses cartons reproduits en dentelle par les nombreuses dentellières d'Allègre. Les dentellières étaient souvent de modestes voire misérables Paysannes, qui déjà aidaient leur mari au champ comme à la traite, élevaient les p'tiots, faisaient la cuisine au lard et tenaient propres linge et maison. Tout cela fait, elles filaient, cousaient et « dentellaient », soit en gardant leurs 2 ou 3 vaches et leurs Brebis Noires ou Bizes, soit le soir à la veillée. Elles se réunissaient souvent en « couviges » histoire de se tenir au courant des potins du jour. Elles  faisaient sauter les fuseaux de bois tourné sur leur carreau rembourré, comme à saute mouton. Dehors s'il faisait assez beau. Dedans, le soir, la bougie ou la lampe à huile éclairant le vase-boule plein d'eau pour « faire loupe ». Tac tac, clac clac ...
La leveuse regroupait les travaux terminée. Le dentellier les faisait vendre au Puy, à Lyon, et même à Paris, à « La Ville du Puy » sur les Grands Boulevards.
Artiste réputé, Christian, réinvente l'art de son grand-père en d'audacieuses compositions colorées.
La maison est parfois nommée « maison de l'intendant » en souvenir des Coiffier qui furent intendants du marquisat d'Allègre.
Colbert avait développé la dentelle en Velay pour concurrencer l'Espagne et la Hollande à une époque où les hommes encore plus que les femmes ornaient leurs habits de cascades de dentelles blanches, beiges, noires ou or.

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Croix de mission.

Face à l'église s'élève cette croix de mission, en fer forgé. Non datée, elle est probablement une de ces croix élevées aux 19 ou 20e s. L'arbre qui la domine succède à un grand orme qui régnait sur l'entrée de l'ancien cimetière et est encore visible sur les photos de 1945.

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Dalle "religieuse".

En 2008, les Amis d'Allègre ont érigé à gauche de l'entrée de l'église paroissiale une dalle tombale qui gisait à même le sol, hors de tout alignement, dans le cimetière actuel, usée parce que rien n'empêchait de marcher dessus.
La voici à l'abri et mise en valeur. Reste à l'expliquer :
La pierre est sculptée d'une croix surhaussée sur des degrés, et cantonnée à dextre (c'est-à-dire en haut à gauche...!) d'un écu au JHS à peine lisible : Jésus sauveur de l'Homme (Iesus Hominum Salvator), ou seulement chrisme catholique, fréquent à Allègre, au Puy et en Velay, sous différentes formes. Cette dalle fut celle dun ou plusieurs religieux, d'un des 5 ordres présents à Allègre, dont les Dominicains ou des Jésuites enseignants. Ces derniers, ligueurs, furent chassés par Henry IV. Revenus en Haute-Loire, ils furent expulsés puis interdits. On n'eut pas cantonné un écu pour des religieuses, mais usé d'un autre symbole comme c'est le cas, par exemple, pour les religieuses des Chazes.

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Racines.


La nef actuelle de l'église est la quatrième génération de cette partie de l'église qui fut d'abord église romane de Grazac, puis église gothique rebâtie au XVIe siècle pour être l'église paroissiale d'Allègre.
Ecroulée involontairement en 1822, la nef gothique fut remplacée par une nef géométrique "taillée à la hache"... Enfin, dans les années 1960, la nef fut adoucie en béton en utilisant les bases da la nef du XIXe s. C'est la nef que vous voyez actuellement.
Tribunes et chapelles, dalles tombales et enfeus, ont disparu.
Des ouvrages d'art ont été vendus le plus souvent par prêtres et curés eux-mêmes. De cette façon la chaire et son dais, la table de communion, le grand lustre, l'harmonium, etc. ont disparu.
Dira t'on assez à quel point, du début au 19e s aux année 1980, on a détruit notre patrimoine et tranché irrémédiablement nos racines. L'informatique facilite leur recherche en archives, mais une immense part est perdue à jamais.
Observer le Passé, c'est prendre conscience du Futur. Visiter un lieu, c'est, aussi, réfléchir à soi-même.

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"Pierre gothique".

Jadis prise pour une « pierre celte », cette rosace est une figure gothique tout à fait classique.
On la retrouve dans maints édifices religieux sous diverses formes, en jeu de pierres de couleurs différentes ou en "fenêtre" incluant des vitraux.
Ce qui était exact dans l'interprétation républicaine qui en fut faite au début du 20e s par les enseignants Fournier et Saby,  c'est la lecture de deux triangles équilatéraux. Le tout était défini comme « hexagramme Pythagoricien »… Pourquoi faire simple quand on veut faire compliqué et savant ? D'autant que le symbole de la perfection attribué à Pythagore n'est pas un hexagramme (six angles) mais un pentagramme (cinq angles) !!!
Cet hexagramme composé de deux triangles équilatéraux enferme une figure centrale végétale à quatre feuilles (quadrifolia) et des figures périphériques à trois feuilles ou pétales.

Les Amis d'Allègre ont pris une empreinte de cette pierre au décor gothique, et l'ont remise en position verticale contre le choeur de l'église pour la préserver du gel et des utilisations, disons, peu respectueuses...

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